Heure de la terre: la lumière qui nuit à la nuit
27 03 2009( Éric Moreault - Le Soleil ) - (Québec) - Citoyens, entreprises et gouvernements d'une centaine de pays éteindront leurs lumières samedi soir, de 20h30 à 21h30, à l'occasion de l'Heure de la Terre. L'action a pour but de provoquer une réflexion sur le gaspillage d'énergie, mais il nous permettra aussi d'observer ce qu'on voit de moins en moins en ville: les étoiles. La tendance pourrait s'inverser: un cadre réglementaire sur la pollution lumineuse sera bientôt présenté à l'ensemble des municipalités du Québec, a appris Le Soleil.
La pollution lumineuse est un phénomène mal connu des scientifiques, qui commencent à peine à l'étudier: les excès de lumières artificielles masquent la nuit, nécessaire à l'horloge biologique de toutes les espèces, dont l'homme. Cette nuisance est largement le résultat d'un éclairage mal conçu qui dirige la lumière en périphérie et vers le ciel plutôt que vers le bas. Il en coûterait annuellement 1,5 milliard $ dans le monde pour ce choix... mal éclairé!
«On n'a pas besoin de s'éclairer comme en plein jour. Il faut éclairer la nuit en la respectant, en éclairant où il y a de vrais besoins, et la notion de sécurité ne sera pas compromise», soutient l'ingénieure Chloé Legris, une étoile du sujet.
La conséquence immédiate de cette surdose d'éclairage est de masquer le ciel, mais les véritables désagréments sont ailleurs : le gaspillage et la qualité de vie. «Il y a un potentiel énorme de réduction. L'éclairage extérieur est la partie visible de l'efficacité énergétique et de nos excès de consommation. Quant à la qualité de vie, on assiste en milieu urbain au phénomène de la lumière intrusive dans les maisons. Ça devient désagréable», souligne Mme Legris, responsable de la création de la Réserve de ciel étoilé du Mont-Mégantic.
Cette réserve a obtenu en septembre 2007 le titre de première réserve internationale en milieu urbain décerné par l'Association internationale du ciel noir (IDSA). Le travail de Mme Legris lui a valu le titre de scientifique de l'année 2007, décerné par - évidemment - l'émission Les années lumière à la radio de Radio-Canada.
Elle a contribué au projet de cadre réglementaire pour les municipalités, qui est mené par la Fédération des astronomes amateurs du Québec et auquel collaborent, entre autres, des représentants d'Hydro-Québec et de la Ville de Montréal. Le projet vise un transfert de connaissances sur de meilleures pratiques d'éclairage. De la formation pour les professionnels municipaux est également au menu.
Vaincre les réticences et l'inertie
Il ne faut pas s'attendre à une révolution pour autant. «C'est utopique de penser qu'on va voir la Voie lactée à Québec et à Montréal!» s'exclame Mme Legris. Il faut dire qu'on part de loin : le Québec a la réputation d'être un des endroits les plus contaminés par la pollution lumineuse au monde.
Il faudra aussi vaincre les réticences et l'inertie propre aux habitudes des dernières décennies. De fortes pressions commerciales et esthétiques ainsi qu'une forte demande de sécurité suscitée par la peur du noir ont aussi contribué à une augmentation annuelle du halo lumineux de pollution nocturne, de 5 % à 10 % à partir de la fin des années 90.
Panneaux publicitaires, néons, magasins et éclairage des édifices publics restent souvent allumés toute la nuit. Sans parler de l'effet de mode des dernières années d'illuminer ponts, musées, églises, hôtels de ville... comme à un show rock.
«Il faut tolérer sans devenir dogmatique. En fait, on peut le faire avec beaucoup de sobriété en s'assurant que les alentours ne sont pas trop illuminés.» Cette solution médiane peut s'appuyer sur un éclairage architectural basé sur l'utilisation de diodes électroluminescentes, un éclairage du haut vers le bas et non l'inverse, ainsi que des minuteries qui éteignent le tout à minuit, par exemple.
En France, on a évalué que la consommation d'énergie de l'éclairage public correspond à 4 % des émissions de gaz à effet de serre et qu'un meilleur éclairage pourrait faire diminuer du tiers la facture. Lille a d'ailleurs fait 35 % d'économies en un an, tout en éclairant mieux, grâce à des lampes et des luminaires plus écologiques.
Solutions nombreuses et connues
Les solutions pour rendre l'éclairage plus efficace sont nombreuses et connues. Les mettre en application prendra du temps au Québec en raison du manque de ressources dans les municipalités, notamment dans l'implantation d'une nouvelle réglementation si elle est adoptée.
La Ville de Québec a des intentions de réduction de la pollution visuelle, notamment dans son plan de réduction des GES, mais pas de politique sur l'éclairage, Lévis non plus. Sherbrooke a adopté un règlement en novembre 2007.
Pour ce qui est de l'aspect sécurité, des études récentes démolissent les mythes qui les entourent. Selon l'Institut national de justice américain, la corrélation entre la lumière et la violence n'est pas démontrée. Dans certains cas, une mauvaise utilisation de l'éclairage augmente même le risque d'agression en créant des zones plus sombres.
Sur la route, des études européennes ont démontré qu'il n'y a pas de lien entre l'intensité de l'éclairage et les accidents. De fait, plus c'est clair, plus les gens ont le pied pesant. L'éclairage trop intense peut aussi créer de l'éblouissement et de la confusion.
On évalue que 20 % de la surface de la planète est exposée à la pollution lumineuse.
Publié par : Marcel Charland à 20:20:54Permalien
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